Sub-Unda coups de sonde dans l’étang des sondages, voilà l’offre de la semaine chez FNAC.
La réalisation, la diffusion et le commentaire des sondages d’opinion se sont aujourd’hui banalisés tant par leur fréquence que par la prolifération des thèmes abordés. Chacun s’est progressivement habitué aux «révélations» des enquêtes d’opinion, intégrées dans «l’air du temps» au même titre que la publication des cours de la Bourse, des prévisions météorologiques ou de l’horoscope… On a pourtant toutes les raisons de se méfier des sondages, précisément parce qu’ils se présentent comme évidents et naturels dans le paysage démocratique. Soixante-dix ans après le coup de poker de George Gallup, nous sommes toujours prisonniers du raisonnement circulaire par lequel «l’inventeur» des enquêtes d’opinion devança toute critique raisonnée en faisant du sondage «la mesure de l’opinion publique» et de l’opinion publique «ce que mesurent les sondages». Les métaphores approximatives du baromètre ou de la photographie, comme les argumentaires contradictoires des sondeurs, loin d’éclairer le débat, l’obscurcissent plus encore, en «naturalisant» cette technologie sociale. Sur la base des très nombreuses enquêtes d’opinion publiées au cours des derniers mois en France, trois questions sont abordées dans cet ouvrage : quel est le degré de précision ou d’exactitude de cet instrument de mesure ? que mesure-t-il exactement ? quels en sont les usages et les effets ? Les réponses devraient contribuer à déstabiliser quelques évidences. Patrick Lehingue est professeur de science politique à Amiens, chercheur au CURAPP. Dernière publication : Mobilisations électorales, J. Lagroye, P. Lehingue, F. Sawicki (dir.) PUF, 2006.Extrait du livre
eux invariants et deux variantesQuel champ sémantique – apparemment chaotique, en fait assez bien structuré – suggèrent ces cinq acceptions successives ? Quelles significations latérales charrient-elles qui nous permettraient d’aller au-delà de l’aphorisme de Gallup ? Derrière la sédimentation historique des usages, il est possible de repérer deux invariants (l’un portant sur la nature de l’outil, l’autre sur l’objet «travaillé»), et pour chacun de ces invariants, un «aiguillage» ou une «bifurcation» (les significations «divergent») qui nous serviront de fil directeur.Premier invariant, le plus évident, l’idée d’instruments inégalement sophistiqués (du plomb de sonde à la sonde spatiale), mais qui ont tous en commun de prétendre mesurer, chacun à sa manière.À ce stade, un premier embranchement qui, sur un critère d’exactitude ou de grossièreté de la mesure, permet d’étalonner ces instruments : le pêcheur à la ligne sait d’expérience combien sont approximatives les indications sur la profondeur de l’eau ou la nature du fond de l’étang qu’il tente de se procurer à l’aide de son plomb de sonde. Le fromager, le douanier, à un moindre degré l’archéologue, sont également avertis que leurs inférences ne sont pas parfaites, que la Partie sondée, parfois sommairement, n’est pas nécessairement représentative du Tout. Ils ont conscience que leurs sondages respectifs supportent une certaine dose d’erreurs ou d’omissions, imprécision que ne peuvent s’autoriser les ingénieurs des sondes spatiales. Les premiers remédient à cette incertitude par leur sens pratique (la confiance dans l’instrument n’est, raisonnablement, pas aveugle), par l’utilisation d’autres «indices», ou par l’usage de «coefficients» de redressement implicites, forgés par et pour la pratique. Les seconds définissent plus rigoureusement – mathématiquement – la prise de risque maximale, calculent des intervalles de confiance admissibles et s’attachent à les réduire.
Patrick Lehingue
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